Mon calvaire menstruel

Aujourd’hui comme tous les jours, je me suis préparée pour aller au boulot. J’ai mis mes plus beaux habits en évitant la couleur blanche. Oui, aujourd’hui comme pas souvent, je ressens cette douleur qui annonce 1 semaine de souffrance. Oui, comme pas souvent, j’ai bien vérifié que les serviettes hygiéniques sont dans mon sac juste au cas où.

Je dois dire que ça fait une éternité que je n’ai pas ressenti cette douleur dans mon bas ventre. Et avec elle, le cortège de toutes ces choses qui font que je déteste avoir mes règles.

L’instant d’un moment, mes souvenirs me renvoient 30 ans plus tôt.

J’avais alors 9 ans. J’étais en classe de CM2. C’était les vacances et j’attendais les résultats du CEPE. Ma mère était sortie; avec mes sœurs, on regardait la tv. Quand allant faire pipi, j’ai découvert, effarée des traces de sang dans mon slip. J’étais inquiète, je me pensais malade. Quand ma mère est rentrée, je lui ai expliqué le « drame » qui se jouait dans ma vie. Elle, tout sèchement m’a répondu qu’à présent, je suis une femme, je peux avoir un bébé. Avec ça, un paquet de serviettes à réclamer tous les mois ainsi que mon carnet de santé m’instruisant de noter le début et la fin de chaque « règle ».

Quand j’y repense, je souris. A 9 ans, est-ce qu’on a pleine conscience de ces choses? Autant je savais que c’était sérieux, autant pour moi, c’était un peu synonyme de dépasser l’étape de squatter les escarpins de maman.

Très vite, j’ai compris que le monde de femmes n’est pas aussi enchanté que je pouvais le croire. Mais que croyais-je vraiment à l’époque?

L’enfance dorée

source: https://bit.ly/2XkbPXy

En 6ème, quelque chose n’allait pas. Les paquets de serviettes se succédaient et s’accumulaient par mois. C’est à cette période que j’ai commencé à avoir un drôle de réflexe: se retourner pour vérifier que le sang n’avait pas débordé.

Je saignais trop et parfois tout le temps. Une fois, j’ai saigné des torrents durant 2 semaines. Je me souviens de ma mère en panique m’embarquant pour une expédition à la clinique. Elle n’a rien dit. Son expression était dure… Elle est entrée dans le bureau du Dr. me tirant par le poignet. « Dr., ma fille est en train d’avorter. » Le Dr., je pense, semblait deviner que je ne comprenais rien à ce qui se tramait.

« Calmez- vous Madame que se passe t il ? » Et elle a commencé à égrener le chapelet de mes misères. Le Dr. lui a fait comprendre que je souffrais d’un dérèglement hormonal et que mon cas n’était pas exceptionnel. Sauf que pour moi ça l’était et très vite ce dérèglement est devenu mon ENFER.

Au fur et à mesure que les années passaient, j’ai appris que mon cycle était irrégulier; ça s’est passé en 4ème quand M. Hiol nous expliquait les différents cas de figures: le mien n’était nulle part. Parfois c’était 26, parfois 15, mais mon corps n’était résolument pas décidé à pointer un des cycles des femmes « normales » . J’ai appris à me promener avec des serviettes hygiéniques. En effet, dans mon cas, cette parole de Jésus s’applique parfaitement :  » vous ne connaissez ni le jour ni l’heure alors soyez prêts » je me devais d’être prête pour éviter ces accidents qui vous mettent à l’aise. J’ai aussi appris à m’asseoir en conséquence pour éviter que le sang ne se retrouve sur mes habits. Un flow continu de cinq jours et des douleurs qui persistent pendant 3 jours. L’âge n’a pas arrangé les choses. Je saigne toujours autant ( le torrent avec les gentils caillots que vous sentez sortir tout chaud quand ils débarquent pendant le pipi ou quand ils se déposent tout douillettement sur votre serviette) et pour éviter les fuites, je porte un tampon hyper absorbant et une serviette hygiénique hyper absorbante: on est jamais assez prudent. Le tout à changer toutes les heures parfois moins.

L’anémie sévère 

Et un jour, je tombe malade, gravement. Frappée d’une maladie lâche. Une maladie qui ne se voit pas. N’eut été la vigilance de la cardiologue, je ne serai sans doute plus de ce monde. J’avais atterri en urgence à l’hôpital. Je me souviens que je ne tenais plus debout; mon père me portait sur son dos tellement mes jambes me trahissaient, pas moyens de tenir droite, de mettre un pied devant l’autre. Mon corps n’en pouvait plus. Et pour corser les choses, j’avais une douleur atroce à la poitrine. C’est donc ainsi que je suis arrivée à l’hôpital, loque humaine et débitée de ma propre existence. Vu que je me plaignais de douleurs à la poitrine, au cœur en fait, la cardiologue a demandé la batterie d’examens qui va avec. Rien, tout est OK. C’est alors qu’elle demande un bilan sanguin. Et là, tout l’hôpital me regarde médusé: comment est-elle arrivée vivante ici? Mon corps était vide de sang. Les douleurs à la poitrine étaient du fait d’un cœur qui peinait à trouver du sang à pomper. Quand le Dr. a interrogé mes parents, ils lui ont relevé mes déboires menstruels et mensuels. C’est ça. Ce sont eux les responsables. Du fer, du fer et à chaque règle, je dois compenser la perte de sang par une cure de fer.

Des douleurs croissantes et la démarche de canard 

Au début, je n’avais de douleur que celles du bas-ventre et au fur et à mesure que je grandissais, d’autres douleurs se sont rajoutées: j’ai des douleurs au dos, il y a aussi les douleurs aux articulations du genoux, celles qui viennent de mon bas ventre, transitent par les cuisses pour finir leur course folle et assassine dans mes genoux. C’est à ces moments que ceux qui me connaissent savent ce qui se trame en moi. C’est comme une décharge continue. Je marche et me voilà qui me crispe et qui marche étrangement. Je ne vous ai pas dit, mais mes douleurs se positionnent 2 semaines en avance et dont le crépuscule rejoint le flow abondant d’un sang supposé être une bonne nouvelle pour une femme.

Une dépendance aux antalgiques

Pixabay

Je parie que vous vous êtes demandés pourquoi je souffre ainsi alors qu’il y a des solutions. Laissez moi vous dire ce qu’il en est. Ça fait 30 ans que je suis réglée et en 30 ans des médicaments j’en ai bu. Les uns parfois aussi inefficaces que les autres. Et puis un jour, j’ai croisé la route du Brustan; une bénédiction à l’époque; enfin c’est ce que je croyais! Il faut dire qu’il avait de quoi me séduire: une action rapide et efficace, une vrai pain killer. Il faut savoir que quand on souffre de règles douloureuses et abondantes on a une grosse crainte les jours de semaine. Je me souviens de ces moments où je priais pour avoir les règles le week-end: au moins personne ne me verra déconfite. Quand ce n’est pas le cas, seuls les médicaments me permettaient d’avoir l’air présentable et vivante le lundi ou autres jours (ouvrables) de la semaine. Parce qu’on a peur de recevoir une décharge en pleine réunion. A la première douleur, on prend 2 ou 3 cachets… j’ai compris que j’avais un problème le jour où j’en ai pris 5 d’un coup. Depuis ce jour là, j’ai arrêté. Je ne prends plus de médicaments quoiqu’il m’en coûte. Je préfère me déclarer malade même si pour certaines personnes avoir des règles n’est pas une maladie.

Deux grossesses/accouchements plus tard et toujours ces douleurs Et les fausses idées reçues

Je me souviens de toutes les paroles bienveillantes que mes cousines et autres femmes pouvaient me dire à l’époque : « tu verras quand tu auras des enfants, ça va finir, ce sera un mauvais souvenir ». Sauf que deux enfants plus tard les problèmes restent INTACTS et ENTIERS. J’ai toujours aussi mal sinon plus et je suis toujours impressionnée par la quantité de sang que je perds.

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Je me souviens qu’avec mon deuxième, pour mon retour de couches, j’ai saigné des torrents pendant 1 mois durant mon retour de couches. Malgré mes précautions et protections, je me retrouvais à m’enfuir du bureau parce que le sang avait débordé et transparaissait sous mon jean. Et les deux mois qui ont suivi n’étaient pas mieux. Ce n’était pas aussi long mais Dieu que je me suis vidée de mon sang! Oui, les gens parlent mais la réalité est autre. Non, les grossesses ne résolvent pas ce problème de douleurs. J’ai eu aussi à m’entendre dire que c’est parce que je n’ai pas accouché par voie basse; la bonne blague. Bref, de mon expérience, c’est une voie sans issue.

C’est pour cela que quand je me suis mise sous injection contraceptive et que j’ai découvert qu’un des effets indésirables sur moi était le blocage de mes règles, je n’ai pas hésité à signer le contrat. J’en entends me dire que ce n’est pas normal. Que je devrais avoir mes règles. Que la nature ne l’a pas voulu ainsi. Mais c’est mon corps, ce sont mes souffrances.

Aujourd’hui, en pleine réunion, en plein exposé, je me suis arrêtée. J’ai fait une pause et je me suis excusée. J’ai été paralysée par une décharge avec cette impression de diarrhée et de nausées qui vont souvent avec mes douleurs. Je suis allée aux toilettes, pas de sang, pas de diarrhée. Mais cette douleur paralysante. Ça fait 1 an que je n’ai pas ressenti ça car j’ai toujours veillé à prendre mon injection tous les 3 mois. Sauf que là, ce n’est plus aussi évident qu’avant. J’ai passé les 3 mois et je dois attendre de voir mon gynéco pour ma ration.

Je dois dire que tout ce drame ne m’a pas manqué. Je dois dire qu’ un an plus tard, j’avais oublié combien ça fait mal. Cette fatigue, cet inconfort, non ça ne m’a pas manqué. J’ai souvent envié mes copines qui portent des serviettes slim et qui perdent un peu de sang pendant 3 jours. J’ai toujours envié mes copines qui ne souffrent pas du tout et qui ne connaissent pas les joies d’une douleur qui vous coupe toute envie de manger. Je les envie, elles qui ne se terrent pas à la maison en attendant que ça se passe ou que ce soit plus vivable, plus supportable.

Ce matin, dans les toilettes, cette douleur m’a rappelé à quel point je déteste les règles. Aujourd’hui, à l’aube de mes 40 ans, cette douleur m’a rappelé que j’ai hâte d’être ménopausée; ce sera une autre aventure mais je préfère mieux ça que ce torrent de sang et ce lot de désagréments qui me rendent la vie infernale. Ce matin, après ma réunion, j’ai demandé à rentrer. Souffrir dans ma tanière pour éviter les grimaces et les démarches bancales qui auraient sans doute apporté un lot de questions auxquelles je n’ai plus la force de répondre.

Une anonyme qui déteste perdre du sang.

4 commentaires sur « Mon calvaire menstruel »

  1. « Aujourd’hui, à l’aube de mes 40 ans, cette douleur m’a rappelé que j’ai hâte d’être ménopausée; ce sera une autre aventure mais je préfère mieux ça que ce torrent de sang et ce lot de désagréments qui me rendent la vie infernale. »
    J’ai voulu publier un commentaire léger, mais ce passage ne me le permet pas. Les douleurs dues aux règles sont une chose que je ne regrette pas, une absence bénie malgré une grossesse difficile. Je suis vraiment désolée que tu passes par là.

    Aimé par 1 personne

  2. Courage brave femme. Je suis passée par là (douleurs à n’en plus finir, anémie, antalgiques, comprimés hormonales pour bloquer les règles..). Du haut de mes 29ans, j’ai tout arrêté et appris à faire confiance à Dieu : Jésus a déjà versé Son Sang alors j’ai refusé d’être vidée de mon sang comme cela ! Cette décision radicale s’est accompagnée de changements alimentaires (notre corps est le temple du Saint-Esprit, en prendre soin est important..) : boire beaucoup d’eau (citronnée si possible), ne plus manger de sucres, de produits laitiers, de produits à base de farine de blé une semaine avant mes règles et la semaine des règles… Ces directives m’aident beaucoup et j’espère que cela aidera l’une d’entre vous. Force et courage !

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