Ils comptent sur nous

Pendant les vacances de fin d’année, j’ai eu le plaisir de recevoir de la famille : mon cousin, son épouse et leurs deux enfants, dont la cadette qui a l’âge de ma fille.

Nous avons passé de magnifiques moments en famille en dépit des exigences qui résultent d’une maison remplie d’adulte et d’enfants à bas âges. Evidement ne pouvaient manquer, des scènes de bagarres et de jalousies entre les enfants, dont une qui m’a particulièrement marquée.

En effet, ma fille de presque trois ans était dans sa phase « je ne partage rien », et « je ne partage surtout pas ma maman». Alors elle disait à tout enfant qui osait s’approcher de moi que j’étais SA maman, SA maman à elle toute seule. C’est ma nièce qui en a le plus pris pour son compte. A chaque fois que je voulais la porter, ou a chaque fois qu’elle s’approchait de moi, ma fille courait pour m’empêcher de la porter, montait sur moi pour me forcer à la porter elle, et disait énervée à ma nièce que j’étais SA maman à elle.

Ma belle-cousine amusée par cette dynamique a décidé un jour de charrier ma fille. Elle lui dit, après un de ses épisodes de jalousie que je n’étais pas sa maman à elle toute seule

Ma fille : Nooooo c’est MA mamaaaaaan !

Ma belle-cousine : ce n’est pas ta maman, c’est ma maman !

Ma fille : noooooon ce n’est pas ta maman ! C’est ma maman OK ?!

Il faut dire que ma belle-cousine est une femme imposante. Elle a aussi beaucoup de personnalité et peut-être très intimidante, surtout pour une petite fille de cette âge. A l’écart, j’ai fait le choix de ne pas intervenir tout de suite alors que la scène continuait. Mais cette scène qui était censée être drôle, s’est transformée en une blague qui tourne mal :

Ma belle-cousine : Non ! Elle n’est pas ta maman ! C’est ma maman ! Où est ta maman ?

Ma fille qui avait jusqu’ici répondu avec assurance et certitude, s’est tournée vers moi pour obtenir une réaction. Son regard me disait : « Maman pourquoi tu ne dis rien alors qu’il y a cette dame qui dit que tu n’es pas ma maman » ?

Mais j’ai pris sur moi de rester à l’écart de cet échange, parce que culturellement, ce n’est pas une bonne chose d’intervenir lorsqu’un autre adulte de ta famille parle à ton enfant, précisément lorsque de bonne foi il souhaite lui donner une leçon. Il y a cette présomption que l’éducation d’un enfant ne se limite pas qu’à ses parents. C’est toute une famille (un village généralement composé des membres de sa famille) qui se mettent ensemble pour éduquer un enfant avec amour et bienveillance.

Je ne suis donc pas intervenue mais la réponse de ma fille est arrivée avec moins de certitude que les premières. La certitude est devenue une hėsitation, un questionnement

Ma fille : c’est ma maman ?

Ma Belle-cousine : Non ce n’est pas ta maman ! C’est ma maman. Où est ta maman ?

Comme dans un scénario de film au ralenti, Ma fille m’a regardé pour une dernière fois avec insistance, et ensuite, elle s’est retournée vers ma nièce, l’a pointé du doigt et a dit : « voici ma maman… »

Copyright et peinture par Shari Erickson

Tout d’un coup j’ai réalisé ce qui s’est passé, ce qui s’est joué, ce que j’ai permis qu’il se produise. En tant que parent, j’avais failli à mon rôle et devoir de protection. Ma fille n’a pas su compter sur moi au moment ou elle avait justement besoin que je la rassure, que je la renforce dans ses convictions. Elle a perdu confiance en elle…

Cela n’a duré qu’une seconde avant que je n’intervienne et que je dise à ma fille que je suis sa maman, qu’elle ne doit jamais en douter. Qu’elle ne doit se laisser intimider par personne lorsqu’elle est certaine de détenir sa vérité. Qu’elle soit certaine qu’elle est dans son droit de dire avec force et conviction que je suis SA maman. Que personne ne peut lui enlever cela. Que ce n’est pas parce que sa tante lui dit le contraire que ça veut dire que c’est la vérité. Et que le fait que je porte d’autres enfants ne m’empêche pas d’être sa maman.

Et j’ai fini avec un discours motivant:

Moi : C’est qui ta maman ?!!!

Ma fille : C’est toi ?!

Moi : C’est qui ta Maman Keila ?!!!!

Ma fille : C’est toi !!!!

Moi : N’en doute jamais ok ? Et je tacherai de te rappeler quand tu doutes

Ma fille : OK Maman. I love you mummy…

Cet ėpisode m’a davantage fait realiser combien nous sommes des pilliers dans la vie de nos enfants et combien ils comptent sur nous pour se construire en tant qu’adulte, et assoir leur estime et leur confiance d’eux-mêmes.

A mon avis, les enfants naissent libres et sûrs d’eux. Ce sont les joies, les expériences, les peines et/ou les traumatismes qu’ils vivront qui contribueront à façonner l’adulte qu’ils deviendront. En tant que parents, nous ne devons pas prendre notre rôle de protecteurs et de mentors à la légère. Protégeons nos enfants, ils comptent sur nous.

2 commentaires sur « Ils comptent sur nous »

  1. Quel lien magnifique vous avez! effectivement des fois on n’ose intervenir quand un autre adulte proche se permet de « faire la leçon » à notre enfant. Mais je me pose toujours la question de savoir ce qui est le plus important: ne pas vexer un adulte, ou que mon enfant, avec son cerveau immature et la crédulité de son âge, soit en proie à un doute affreux?Le choix est vite fait 😉
    Pour le « pas partager maman », je dis à ma fille: je suis TA maman, pour toujours. Ca ne changera jamais. Tout mon amour est pour toi. Là je vais m’occuper de ce bébé pendant quelques instants, mais ne t’inquiète pas, sa maman c’est X, et moi je reste TA maman ».
    C’est dur, pour nos petits bouts, tout ça!

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s