Quand grossesse rime avec phobie

Des enfants? J’en voulais…4: 2 filles, 2 garçons. L’équilibre parfait. Dans mon plan de vie, conçu à mes 17 ans, je prévoyais commencer à les mettre au monde à 26 ans. Je les aurais faits après avoir épousé leur papa, mon « crush » du lycée, deux ans plus tôt. Mais voilà, entre les attentes, les envies et la réalité, il y a souvent un gouffre.Dans mon cas, je n’ai pas convolé avec M. Crush, ni avec personne d’ailleurs…à ce jour. Pas plus que je n’ai fait d’enfant mes 26 ans atteints. En réalité, je n’ai pas fait d’enfant dutout… du moins, pas encore. Le projet est resté en gestation dans ma tête. Puis, il a été révisé. J’ai revu mes attentes à la baisse. De 4, je suis passée à 3, puis 2, puis (re) 3. A cause de l’âge qui passe? Non! Du haut de mes 34 piges, tout n’est pas encore « perdu ». Mais alors, qu’est-ce qui n’a pas marché?

Voyez-vous, comme toutes les femmes, j’ai entendu dire très tôt qu’accoucher, ça fait mal, très très mal; qu’à côté, la douleur ressentie lors des menstruations est une pâle copie.

Pixabay

 

D’abord la grossesse, chemin pavé de: nausées, fatigue extrême, saute d’humeur, bouffées de chaleur, anxiété, envies culinaires bizarroïdes, appétit sexuel démesuré ou carrément absent, prise monstrueuse de poids, etc. Les gestations de ma mère, dont j’ai été « témoin » quand j’ai eu l’âge de comprendre, m’ont suffisamment édifiée sur certains de ces maux.

 

Si ce n’était que cette étape qui était pénible…L’accouchement ou la délivrance, comme on l’appelle aussi, n’est pas un long fleuve tranquille. C’est même le « clou du spectacle ». Entre la douleur des contractions, les poussées, les étourdissements, les déchirures (notamment l’épisiotomie)…on perd le total contrôle de son corps. On subit tout, impuissante. Que veux-tu Lyse, c’est le prix à payer pour donner la vie, right? Même si, vous me direz, l’expérience n’est pas toujours aussi »dramatique et chaotique », que je la décris pour toutes les femmes, chaque grossesse a son histoire. Il n’en demeure pas moins que, dans la majorité des cas, porter la vie, donner la vie, est tout sauf une partie de plaisir.

Malgré tout ce que j’ai toujours su, ou plutôt entendu, sur ce moment « spécial » de la vie d’une femme, l’envie d’assurer ma descendance est restée intacte. D’accord je l’avoue, pas sur le nombre, mais tout au moins sur le désir de procréer. Seulement, dans tout ce scénario, je n’avais pas prévu un « événement »…il vous paraîtra peut-être anodin, mais il a été et est, en grande partie, la source de mes »malheurs »…

Long story short.

Pixabay

20 ans, je suis étudiante en licence. Ce soir là, comme à l’accoutumée, je me rends à la bibliothèque pour faire quelques petites recherches en rapport avec des devoirs à rendre. Je longe l’allée des livres et choisis une encyclopédie. Je commence par le début, la lettre A. Au passage, mon attention est captivée par un mot: Accouchement. Il y a une image, j’y jette un œil, curiosité oblige. Je suis tétanisée. Une femme, les jambes surélevées, le mont Venus à découvert. L’entrée, ou plutôt la sortie dans ce cas précis, est obstruée par une immense boule poilue: la tête du bébé. Elle élargit au maximum l’ouverture pour se frayer un chemin vers la sortie. J’ai mal à la place de la dame… Ça y est, je viens de joindre la théorie à la « pratique ». Je repose le livre. 14 ans après, cette image et la douleur qu’elle évoque, ne m’ont toujours pas quitté.

Comme je le disais, « l’incident » en lui-même, peut paraître léger pour beaucoup. Mais, ce que mon œil a vu, a fait corps ce jour-là avec ce que mon oreille avait entendu. Mes peurs « théoriques » ont pris vie à cet instant, sur cette photo. Ce cocktail Molotov a fait de moi une »tokophobe » (personne qui a peur de la grossesse et l’accouchement pour faire terre à terre). Avant cette photo, j’appréhendais la grossesse, comme toutes les femmes je présume. J’appréhendais de sentir bouger autre chose que mes intestins dans mon ventre: un être humain. Ça me faisait penser aux aliens dans le film « Star Gate ». J’appréhendais la douleur que cela me fera; les changements que mon corps et mon esprit subiront; J’appréhendais de garder des séquelles physique et mentale; de perdre la vie en donnant la vie. Oui, j’appréhendais…juste. La violence de l’image m’a fait quitter de l’appréhension à la peur, la panique. C’est comme si ce jour là, mon »ignorance » a été violée. Je n’étais pas prête, je n’étais pas consentante. Mais qu’importe, le traumatisme a pris vie, la phobie s’est installée.


Il y a deux ans, j’ai enfin osé avouer à ma mère que j’avais une peur bleue de la grossesse dans son ensemble. Elle s’est faite rassurante. Elle m’a conseillé de « causer avec mon oreiller (moi-même) », pour comprendre mes peurs et les déconstruire. A défaut, de voir un psy pour m’aider à me réconcilier avec mes peurs. J’ai commencé la méthode « causer avec son oreiller ». Ça m’a aidé à ôter la peur que j’avais par exemple de poser ma main sur le ventre d’une femme enceinte et sentir son bébé bouger. La sensation est toujours un peu étrange et encore légèrement effrayante pour moi, mais, at least, je parviens à garder ma main quelques secondes.

Est-ce que je veux toujours avoir des enfants? La réponse est oui. Mais ma phobie explique en grande partie pourquoi je ne suis pas pressée d’être enceinte. Inconsciemment, peut-être, je me complais à l’idée de retarder le plus possible l’échéance. Les bébés, je les aime à la folie. Ils me rendent complètement gaga.

Seulement, je suis tétanisée à l’idée de devoir être obligée, pour le coup, d’affronter l’une de mes plus grosses peur sur terre. Lyse, il y a d’autres moyens: l’adoption, la gestation pour autrui… Je le sais, mais paradoxalement, je veux d’abord essayer par moi-même. Je veux vivre l’expérience, sauf si la nature me retire ce droit. C’est assez sadique me direz vous. Sans aucun doute. C’est peut-être après tout ce qui explique le miracle de la vie, que voulez-vous!

Tout de même, j’espère que lorsque le moment viendra, si Dieu le permet, mon expérience ne reflétera pas le tableau noir que mon imagination a peint. Et si d’aventure mes craintes sont proches de la réalité, que j’aurais le soutien, tout le soutien adéquat. J’espère que mon entourage évitera de me servir les phrases auxquelles j’ai eu droit jusqu’ici quand j’ai essayé de m’ouvrir sur le sujet : « la grossesse n’est pas une maladie »; « tu ne seras ni la première, ni la dernière à être enceinte »; « apprends à supporter ce n’est que 9 mois ».

Mon corps est mien, mon expérience et mes peurs sont miennes. Elles ne sont comparables à aucune autre personne. Ma grossesse, c’est moi qui la vivrai dans mon corps, dans ma chair, dans mon âme, dans mon esprit. Si j’ai envie de chialer, je souhaite que cela soit respectė. Donner la vie d’un côté, peut ôter la vie de l’autre et cela se doit d’être hautement respecté.


Lisedine ou Blandine NLEND: Blogueuse à mes heures perdues (rires) et passionnée de lecture et d’écriture, je porte,de part ma formation, les tabliers de sociologue et business management. Je suis une grande rêveuse qui voit parfois le monde au travers des yeux d’un enfant. Je suis connue pour ma simplicité, ma bonne humeur et surtout mon grain de folie.

 


 

3 commentaires sur « Quand grossesse rime avec phobie »

  1. Témoignage poignant !!!
    On pense tjrs que donnerla vie c’est facile ou que 9 mois ça passe vite. Et non avant cette expérience on est qqun et ça nous change et on devient qqun d’autre. Et si on n’est pas prêt faut pas se presser pour les autres. Parce que même si on est bien accompagnée, ça reste une expérience ou on est seule. Seule dans ses ressenti, dans ses émotions, dans son vécu, dans son parcours…bon courage. Je te souhaite de trouver la paix pour vivre cette expérience si jamais tu le souhaites.

    Aimé par 1 personne

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