Dans les yeux de ma fille

C’était avec beaucoup de fierté, que je regardais ma fille ce matin s’affirmer avec force de caractère et détermination. Pendant plusieurs minutes que j’ai trouvé interminables, j’insistais pour qu’elle porte ce short car il faisait très chaud et humide. Mais elle ne voulait rien entendre. Ma fille voulait porter à la place du short, ce collant bleu dont elle raffole. Malgré mes efforts pour la « raisonner » mais aussi je l’avoue, d’autres tentatives pour éluder son besoin, ma fille ne s’est pas laissée convaincre. Elle a insistée, à force de cris et de « non! » fermes. « Maman! Non pas short ! Ye veux pantalon ». Et j’ai capitulé, devant cet épisode qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Elle a à peine 27 mois ma fille. Vous me direz : c’est juste le cœur d’une mère qui parle. Que 2 ans c’est l’âge du Non ! La période pendant laquelle l’enfant s’affirme. Et c’est possible que ce soit juste mon cœur de mère qui parle…

Mais je sais aussi que la puissance du regard de ma fille, et sa détermination à ne pas se laisser convaincre autrement pour un besoin qu’elle sait valide, est exceptionnelle.

Je n’ai pas vécu la même expérience avec mon fils de 4 ans qui lui aussi s’est affirmé à cette période de son développement et qui par ailleurs, ne cesse chaque jour de m’émerveiller par sa grande sensibilité et son intelligence émotionnelle. Mais ma fille m’impressionne par la confiance quelle dégage, sa présence, sa démarche, la manière donc elle s’assure d’être comprise alors qu’elle apprend encore à parler. Cela m’apaise pour l’avenir (Vous comprendrez pourquoi je parle d’apaisement plus tard).

Je réalise avec ma fille combien je me suis souvent trompée sur le sens que revêtait mon rôle de mère.

Malheureusement (ou heureusement) on ne passe pas d’examen pour devenir parent, il n’y a pas de guide, pas de modèle parfait. C’est en le vivant qu’on devient parent et qu’on trouve son propre style.

Et oui, il nous arrive de faire des erreurs, mais c’est aussi comme cela qu’on devient meilleur; car je suis convaincue que lorsque les motivations et les intentions des parents pour leurs enfants sont les bonnes, elles concourent toujours à leur biens en fin de compte.

Pour ma part, j’ai souvent vécu le fait de devenir mère comme une responsabilité souvent trop pesante de faire “réussir” mes enfants. Il était de mon devoir de parent de faire en sorte qu’ils deviennent des personnes bonnes, intègres, équilibrées. Je me devais de les armer et de leur donner les outils nécessaires pour naviguer dans ce monde. A aucun moment cette pression ne me quittait, au point d’oublier malheureusement des fois que mes enfants avaient surtout besoin de se sentir aimés, d’être heureux et d’exister dans un monde qui leur permette juste… d’être.

Devenir mère de manière générale m’a transformé d’une manière que je ne suis pas toujours capable d’expliquer. Mais devenir la mère d’une fille est une expérience doublement transformatrice.

Certainement parce que je suis une femme moi-même.

Une femme qui réalisait alors qu’elle portait en elle la prochaine génération de femme… Avec tout ce que cela revêt comme espoirs et responsabilités.

Il m’était des fois arrivé de m’imaginer vivre à l’époque de nos mamans. Une période où trop souvent, le seul mot qu’on souhaitait entendre d’une femme était « Oui ». Qui ne se souvient pas de ces mots de nos mamans lorsqu’elles nous disaient: « Ma fille, une vraie femme sait et doit savoir supporter ». Supporter, se plier à la volonté des autres était le gage et le symbole sa valeur de femme.

Aujourd’hui, si la génération de femmes dont je fais partie, ose vivre et aspirer à plus de liberté, à plus de choix, c’est grâce au courage et au combat des femmes qui l’ont précédé. Toutes ces choses que nous prenons désormais pour acquises: le droit d’aller a l’école, le droit de travailler, le droit de choisir son époux ou son partenaire, le droit à son indépendance financière, le droit de disposer de son corps comme bon nous semble, nous le devons à ces femmes qui ont osé s’insurger et se battre pour nous.

Ces libertés restent fragiles. Ce combat doit continuer, non seulement pour maintenir nos libertés mais pour que les générations suivantes aspirent à une égalité de choix.

Voila entre autre, la pression que je ressentais avant même la naissance de ma fille, je voulais préparer le terrain pour elle. Je voulais qu’elle sache qu’elle a le droit de vivre la vie qu’elle souhaite. Je voulais qu’elle ait une confiance et une estime d’elle-même indéfectibles, afin qu’elle puisse naviguer dans ce monde de prédateurs. Je lui souhaite une vie de paix et d’authenticité, je lui souhaite d’atteindre son plein potentiel.

Imaginer que cela ne puisse être possible pour ma fille a créé une angoisse et une crainte qui ne me quittaient presque jamais. Mais aujourd’hui, au fur et à mesure que je regarde ma fille grandir, cette angoisse diminue. Je sais désormais que tout ira bien pour elle.

Je le sais désormais parce qu’en devenant parent, j’ai aussi compris qu’il ne s’agit pas de moi, mais bien de mes enfants.

J’ai compris qu’il ne s’agit certainement pas de les fixer, de décider de ce je voudrais qu’ils deviennent comme s’ils étaient des feuilles blanches sur lesquelles je pouvais créer des personnages et imaginer le scénario de leur vie

Je comprends que mon rôle de parent n’est pas celui d’un maître qui impose à ses enfants sa volonté. Mon rôle est au contraire celui d’un guide. Et en tant que guide, je n’ai pas à être le héros leur histoire. Le guide ne s’assoit pas au commande de la vie d’un autre. Le guide, le bon, est celui, qui trouve sa place au coté du pèlerin… reste à son écoute, l’informe et le conseille par son expérience de la vie et/ou du terrain. Mon rôle de parent est d’accompagner mes enfants afin qu’ils trouvent leur propre voix, chacun à son rythme afin qu’ils puissent se révéler à eux-mêmes.

J’ai souvent imaginé à tort que ce serait uniquement ce que j’apporterai comme éducation à mes enfants, comme discipline, comme conseils, comme valeurs, comme exemple qui les compléteraient et les rendraient entiers. Bien au contraire, je pense que nos enfants naissent déjà entiers. Innocents, naïfs, avec un besoin d’être guidé certes, mais ils arrivent déjà complets, et plein de confiance en eux

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers », Jean-Jacques Rousseau.

Ma fille est née déjà pleine de force, d’assurance et de confiance en elle. Je n’ai pas eu à faire grande chose pour être honnête. Je le comprends rien qu’à la voir, être, exister. Elle a déjà ce qu’il faut.

Mon devoir de parent est entre autre de m’assurer qu’elle ne s’éloigne pas de qui elle est ou de qui elle veut être à cause de la pression sociale.

Et de réaliser aussi que cette pression peut aussi venir de nous parents qui projetons nos espoirs, nos craintes sur nos enfants, ou tout simplement tentons de réparer nos propres blessures à travers nos enfants.

Quand je regarde ma fille, je réalise que loin de la transformer comme je pensais, c’est elle au contraire qui me rend meilleure.

Au final, c’est moi qui grandit avec elle. Elle me rappelle ce qu’est la vraie liberté, celle qui est inée, notre authenticité. Dans les yeux de ma fille je revois cette petite fille que j’étais autrefois, je me rappelle toutes ces choses auxquelles j’aspirais et que par peur, je n’ai pas toujours eu le courage de vivre…

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