Laisser faire le temps

Après quatre années passées à faire grandir ma famille, était arrivé le moment où je me suis sentie enfin prête à reprendre une vie active. Tout semblait s’aligner à la perfection. Mon époux et moi avions mis fin à notre vie d’expatrié pour se rapprocher d’un pan de notre famille. Nous bénéficions enfin du soutien familial ô combien précieux quand on a de jeunes enfants. Notre routine familiale à moyen terme également me confortait autant que le fait d’avoir trouvé cette excellente garderie qui s’occupait à merveille de nos petits bouts et qui nous envoyait des photos et vidéo d’eux à longueur de journée. Et pour la première fois enfin, je ne ressentais plus cette crainte constante et cette culpabilité que j’avais à l’idée de me séparer de mes jeunes enfants ou de les confier en mon absence à des personnes étrangères à ma famille.

Je me donnais enfin la permission de me défaire de ma cette culpabilité pour envisager de faire d’avantage de choses qui me permettront de me réaliser au delà de mon rôle de mère ou d’épouse.

J’avais souvent imaginé que ce moment arriverait avec beaucoup d’excitation. la parfaite métaphore du printemps qui prenait tout son sens. C’était la renaissance de quelque chose que j’avais laissé dormir et qui désormais était prêt à s’épanouir au soleil. Mais loin de ce que j’avais imaginé, l’excitation avait plutôt laissé place à une montagne de doute, à des crises d’angoisse, et à de la peur. Celle d’avoir raté le train et d’être passée peut-être à côté d’une carrière … La peur de ne plus pouvoir envisager la vie autrement que sous le spectre de la maternité et de la routine familiale ; la peur de ce qui n’est plus et de ce qui deviendra peut-être jamais…

Alors que j’avais pensé me frotter les mains et saisir le taureau par les cornes, j’étais au contraire devenue cette petite fille indécise et sûre de rien. Je tournais en rond à longueur de journée. Je me rongeais les doigts à chaque fois qu’on me posait la question de savoir ce que je pensais faire désormais de ma vie.

La réalité est que je n’en savais rien. Mes réponses étaient aussi confuses que l’étaient mes pensées. Je voulais faire tout et rien à la fois. Travailler mais aussi conserver ma liberté que j’avais appris à apprécier. Reprendre mes études mais aussi reprendre ma carrière là où je l’avais laissé. M’installer à mon propre compte, peut-être travailler à mi-temps ou me consacrer entièrement à mon blog.

Transformer mes hobbies en source de revenus ou rester une épouse et une mère comblée. Je pensais à tout mais aucune décision véritable n’était prise

Que faire de cette nouvelle liberté qui s’offrait à moi ? Je n’avais ni plan d’action, ni stratégie. Je me sentais perdue, incapable de décider pour moi-même et par moi-même. Et lorsque je pensais souvent avoir décidé de ce que je voudrais faire, il ne se passait que peu de temps avant que ne reprenne le cycle infernal de l’incertitude. J’allais de période d’enthousiasme et de sur-motivation à des périodes de morosité et de renoncement. Des périodes pendant lesquelles j’avais enfin foi en l’avenir et des périodes pendant lesquelles j’étais tout simplement pétrifiée.

Devant cette exercice d’équilibrage permanent. Je n’avais qu’une envie, celle de retrouver enfin une certaine paix d’esprit, une certaine confiance en l’avenir et la conviction que tout allait s’arranger.

Je me souviens combien enthousiasmée j’étais devant la perspective de construire ma famille, ma propre petite tribu. Cet enthousiasme était si grand que je me suis plongée dans mon rôle d’épouse et de mère avec beaucoup de détermination, de fierté, de gratitude et le sentiment d’avoir donné un sens nouveau et plus grand à ma vie. Ma vie ne tournait plus seulement autour de ma petite personne. Mon époux, mes enfants m’avaient tellement appris sur moi, sur les autres et sur l’humain que me remplissais de cet amour qui se multipliait au fur et à mesure que j’en donnais. Pas étonnant que ces rôles soient devenus tout ce qui m’animait et qui me rendait vivante pendant toutes ces années au point de ne faire qu’un avec. J’ai commencé à me définir essentiellement comme tel. Sans me rendre compte, je perdais progressivement connexion avec moi-même.

Ma seule identité était devenue peu à peu celle d’une mère maman et d’une épouse qui ne savait plus ce qu’elle serait si elle ne l’avait pas été. Et un beau matin je me suis regardée devant le miroir sans plus reconnaître cette personne devant moi, qui me regardait, qui semblait être moi, mais qui m’était complètement étrangère.

Ils arrivent souvent que nous ne parvenions pas à trouver les réponses aux questions que nous nous posons parce que nous ne nous posons pas les bonnes questions. À chaque fois que je m’entêtais à savoir ce que je voulais faire de ma vie, j’avais l’impression de m’enfoncer dans un labyrinthe qui n’avait pas d’issues.

J’ai alors seulement compris qu’avant toute chose il était encore plus important pour moi de prendre le temps de comprendre d’abord qui j’étais devenue avant même de savoir ce que je voulais faire de ma vie. Je devais d’abord me retrouver. Je ne pouvais pas savoir ce que je voulais faire de ma vie si je ne savais pas qui j’étais. Et je ne pouvais pas m’expliquer qui j’étais sans avoir fait l’effort de creuser en moi pour le comprendre.

Qui suis-je au jour d’aujourd’hui? Quel impact ont eu les expériences de la vie sur moi? M’ont-elles transformé ou suis-je toujours la même personne? Ais-je toujours les mêmes rêves, les mêmes aspirations? Ma vision de la vie et du monde a t-elle changé? Il me fallait non seulement le comprendre mais aussi me donner le temps nécessaire pour me retrouver.

Alors que j’avais juste hâte de retrouver de l’action et de fuir la routine qui devenait ennuyeuse, j’ai cessé de me mettre désormais la pression, et je me suis permise de prendre le temps nécessaire. En effet, lorsqu’on est en pleine transition et qu’on recherche un nouvel équilibre, il ne sert à rien de se précipiter dans ce processus. Pour moi qui suis de nature fonceuse, hyper active avec un besoin maladif d’être dans le contrôle, cela s’avère être un exercice plutôt difficile. Ma vie ces dernières années n’a été qu’un enchaînement successif d’événement auxquels j’ai dû m’adapter et pour lesquels j’ai dû me réinventer chaque jour. Je n’ai pas eu une seule seconde pour me poser et analyser l’effet de ses événements sur moi.

Mais ce que cette crise me fait comprendre, c’est combien il est essentiel de savoir embrasser ces périodes de calme et parfois la solitude pour faire corps avec soi-même, car on apprend d’avantage sur soi dans ces moments où l’on se retrouve face à nous-même et qu’on se donne enfin l’opportunité s’écouter.

 

Aujourd’hui, je suis toujours entrain d’essayer de comprendre la direction que va prendre ma vie. Mais au lieu de vouloir tout contrôler et trouver des réponses tout de suite, j’ai accepté de lâcher prise. Je me suis donnée la permission de prendre mon temps, de reconnecter avec mon moi intérieur, de me redécouvrir, et d’explorer autant de choses qui attisent mon intérêt, ma curiosité, et surtout qui me nourrissent. Je laisse l’opportunité à Dieu et au temps d’agir sur moi et seulement alors, les réponses s’offriront d’elles–mêmes. Mais plus important que tout, j’ai retrouvé ma paix intérieure sur cette question et compris combien il était important de ne pas perdre cette connexion avec soi-même. Aussi altruiste et bienveillant qu’un être puisse être, il ne pourra jamais donner que ce qu’il a. Il est essentiel de prendre le temps pour soi. L’amour des autres commence d’abord par l’amour de soi-même.

RDCB.


Rachel Cusiac Barrest une camerounaise qui vit à Montréal au Canada avec son mari et ses 2 enfants. Ayant travaillé dans le développement international, elle s’intéresse aux thématiques sociales notamment celles liées aux femmes. Créatrice de la marque de vêtements Niango depuis 2014, elle documente et met en avant l’histoire des femmes à travers le temps dans ses différentes collections. Un état d’esprit également visible dans son blog et désormais ici où elle partage ses réflexions sur sa vie de femme et de mère.

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