Fausse couche…ça n’arrive pas qu’aux autres

Après une première grossesse assez difficile et un accouchement compliqué, les séquelles psychologiques et physiques resurgissent dès que l’on tombe enceinte de nouveau. En outre, quand on vit dans un pays étranger, loin des siens et que l’on a du mal à s’intégrer et trouver ses marques, cela rajoute une couche de stress et d’instabilité qui fait que l’on a du mal à se projeter.

Toutefois au fond de moi je ne regrettais pas de tomber enceinte. Cela me faisait plaisir de pouvoir donner une petite sœur ou un petit frère à ma princesse.

Avec un Papa tout excité de voir la première échographie et croire enfin que je suis réellement enceinte, la nouvelle était plus que déchirante. Quand le gynécologue nous annonce que notre bébé n’avait pas d’activités cardiaques tout s’est effondré et je me suis sentie tellement coupable.

Fausse couche 2

 

Je ressassais toutes les idées que j’avais eue… J’avais pensé que cette deuxième grossesse allait m’empêcher de trouver du travail dans ce pays étranger où l’expérience locale compte plus que les diplômes… Pour moi tout ce stress a fait en sorte que je ne puisse mener cette grossesse à terme. Mon mari et la gynécologue avaient beau me dire le contraire, mais au fond de moi, je pensais le contraire.

De larmes en sanglots, je réalise que des proches et amies ont vécu cette même situation et je leur consolais avec des phrases : « Dieu l’a voulu ainsi » « Tu en auras d’autres », « Pense à ton enfant qui a encore besoin de toi », « soit forte »… Je suis restée de marbre devant tous ces mots.

J’étouffais de colère contre moi-même et d’impuissance à l’absence de réponses à mes multiples questions. Qu’est-ce que j’ai fait qui ait causé la mort de mon bébé ? J’ai suivi les conseils de la diététicienne pour éviter le diabète gestationnel que j’avais eu dans le dernier trimestre de ma première grossesse. J’avais fait les analyses et les tests prescrits par la sage-femme. Qu’ai-je oublié ou omis pour causer la perte de mon bébé ? Pourquoi cela m’arrive à moi ?

Seule ma mère pouvait me consoler et trouver les mots justes. Elle se trouve à des milliers de kilomètres et ce manque m’engouffre encore dans ma solitude et ma souffrance. Au téléphone je ne pouvais lui expliquer tout mais elle arrivait à me réconforter avec des exemples de femmes dans la famille qui ont eu de nombreuses fausses couches et qui aujourd’hui ont des enfants en bonne santé. « C’est un bébé qui ne devait pas naître, rend grâce à Dieu » a conclu ma mère.

Eh oui, j’ai préféré les paroles de ma mère à celles du psychologue qu’on m’a suggéré de voir. En Afrique c’est très rare de voir des personnes qui traversent de pareils moments aller voir des spécialistes. Dans chaque famille ou entourage, nous avons une personne à qui on confie et partage nos secrets et souffrances.

En outre le fait de vivre en communauté et non isolée comme ici en Europe, permet de voir du monde et de relativiser sur certains passages difficiles de la vie.

Il faudra une intervention chirurgicale…

fausse couche

Après la première échographie, il en fallait une autre en guise de contre visite pour confirmer ou infirmer la grossesse arrêtée. Une visite à l’hôpital s’imposait et c’est à ce moment là que j’ai commencé à avoir peur pour ma vie en voyant dans la paperasse à remplir des termes pour une admission en chirurgie ambulatoire et des papiers à signer : « Désigner une personne qui prendra la décision si toutefois je ne serai pas en mesure de le faire »,  « Signer le refus de don d’organes si je suis contre ».

Entre le médecin, l’anesthésiste et les infirmières, je me suis perdue dans leurs termes techniques en me disant qu’en plus d’avoir perdu mon bébé, je pouvais mourir par la suite.

Personne n’a pensé au choc émotionnel et psychologique que je venais de vivre en un seul après-midi.

Convoquée le lendemain, je me suis présentée à jeun comme demandé par le médecin. A mon passage aux urgences de la maternité ou j’ai été consultée la veille, on m’oriente vers le pavillon où l’on prépare les patientes du bloc opératoire. Dans une chambre, on me laisse seule pendant plusieurs minutes avant qu’une infirmière ne vienne me dire que je dois retourner aux urgences et que je devrais être auscultée par un autre médecin. Je valsais ainsi de services en services avant qu’on me fasse poiroter presqu’une heure dans la salle d’attente sans aucune explication.

Entre des femmes enceintes de 6 mois, d’autres qui venaient pour accoucher, et des cris de bébé qui venaient de naître ; moi avec mon petit ventre de 11 semaines pour venir faire un curetage, c’était extrêmement difficile. Je n’étais pas au bon endroit.

J’avais l’impression que ma peine n’était pas légitime parce que dans mon ventre je ne portais que des cellules et non un bébé.

Enfin le médecin vient me voir dans la salle d’attente. Sans m’inviter dans une salle, il m’entraine dans un coin de couloir de la salle d’attente pour m’annoncer que mon intervention est prévue dans une semaine en ajoutant « Si vous avez des maux de ventre accompagnés de saignements revenez aux urgences ».

Avec l’insistance de la sage-femme qui me suivait, je suis allée voir d’autres structures sanitaires pour une prise en charge, mais la chanson était la même. Je n’étais pas un cas d’urgence et qu’il faudrait patienter.

J’ai dû patienter 7 jours interminables…

Convoqué à 10h à jeun, le temps d’attente s’est encore prolongé. Deux bonnes heures se sont écoulées avant que le brancardier ne vienne me chercher pour le bloc. Le stress augmente d’un cran. Comme j’aimerai serrer la main de ma mère avant d’y aller. Lui dire que je suis inquiète et que j’ai peur. L’entendre me réconforter avec les mots qu’il faut et me taquiner en me traitant de froussarde.

Devant le bloc, il fallait encore attendre et je n’étais pas la seule. Deux autres femmes me jetaient des regards compatissants, moi dans mes larmes, je pensais à ma princesse que je ne reverrais peut être pas. Quand je l’ai déposée à la crèche, elle a ressenti mon inquiétude et la séparation s’est faite dans des pleurs. Mon mari se montrait fort et rassurant. Je ne savais pas si lui aussi ça lui faisait autant mal qu’à moi d’avoir perdu ce bébé. Il était là à me consoler et à rappeler qu’on a une superbe princesse et qu’on pourrait toujours réessayer d’avoir un autre bébé. Son calme me faisait penser que j’étais seule à vivre ce deuil.

C’était la première fois de ma vie que j’entrais dans un bloc opératoire. Quand les 2 anesthésistes se partageaient mes 2 bras pour trouver une veine afin de poser la perfusion. Entre leurs commentaires sur mes veines fines de nourrisson et les multiples piqûres pour en trouver une, je revoyais les images de la série Grey’s anatomy.

Avant qu’ils ne parviennent à m’endormir tout était déjà flou. Je n’entendais plus rien. Quelques heures plus tard me voilà dans la salle de réveil. Je me sentais très fatiguée. Après quelques minutes de sommeil et un goûter pour prendre des forces, mon mari et ma princesse sont venus me chercher en fin d’après-midi. Je me sentais vide…

infantloss
Tableau Infant Loss

C’est dur moralement mais aussi physiquement de remonter la pente. Avec beaucoup de courage et l’entourage de ceux que j’aime, je compte bien y arriver.

Ano.

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