La grossesse chez les Fangs Part 1

Il y a un moment déjà que j’ai commencé la rédaction de cet article. Mon entrain a été stoppé net par le vol de mon téléphone où j’avais tous mes audio d’enquêtes et mes mémos. Bien heureusement, cela ne m’a pas découragé.

Comme vous le savez déjà, j’ai eu ma fille à 16 ans. Ha non ? Donc, vous n’avez pas lu cet article ? (Aïcha kamoise voice). Si c’est le cas, rattrapez-vous et revenez ici pour la suite.

Donc, je disais, j’ai eu ma fille à 16 ans avec tous les problèmes que cela a suscités, je n’ai pas eu un suivi de grossesse traditionnel. Oui, je sais nous sommes au 21e siècle, en 2018 maintenant les grossesses se font suivre par un gynécologue et dans un établissement hospitalier. Vous avez parfaitement raison, il faut vivre avec son temps. Mais, j’ai appris avec ce même temps, que la tradition regorge de mystères et d’expertise que la science ne peut expliquer et qu’il faut trouver un équilibre entre la modernité et la tradition car on ne peut pas tout rejeter.

Cette « modernité » si on y regarde de plus près est d’ailleurs parfois un mix de nos pratiques passées et présentes. Pour revenir au sujet, je suis toujours restée sur ma faim. Le fait de ne pas avoir été suivie traditionnellement me laissait un petit goût de regret. Le contexte ne le permettait pas. J’ai donc entrepris de me renseigner, de mener mon enquête auprès de mes aînées, maman et Madame Philomène qui en quelque sorte est une maman aussi pour moi. Mon téléphone volé à la main, j’ai mené des interviews dignes d’une journaliste. Je vous retranscris ce que j’ai retenu, le résumé des deux conversations.

Je suis FANG, ethnie que l’on retrouve au Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale, Sao Tomé, Congo et un peu en Centrafrique. Les fangs sont issus du groupe Ekang qui regroupe les Fangs et les Béti. Nous avons longtemps été un peuple nomade et nous avons élu domicile dans le bassin du Congo dans les années 1800. Voilà pour le petit rappel historique.

Ma principale question a donc été de demander que doit faire une femme lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte chez les Fangs.

A cette question ma mère et Madame Philomène m’ont répondu :
« Lorsqu’une femme découvre qu’elle est enceinte, sa mère ou un aîné, une femme de préférence l’emmène chez un tradipraticien spécialiste des grossesses. Cette démarche est plus qu’indiquée lorsqu’il s’agit d’une primipare.

Step 1 : la confession et le diagnostic

Elle doit passer une sorte de scanner, sauf que ça passe par une confession d’abord. Une sorte d’exutoire, elle doit se débarrasser de ce qui peut gêner le bon déroulement de sa Grossesse et qui peut également lui ôter la vie. C’est fort hein, comment le simple fait d’être enceinte sans complication aucune peut entraîner la mort chez une primipare particulièrement ?

La fille est soumise à une série de questions, on va lui demander par exemple si elle a eu à commettre le “péché”, NSEM en langue Fang. Ici, le péché n’est pas lié à une croyance religieuse, mais, au fait d’avoir des rapports sexuels avec un frère du même clan.

Il faut savoir que le Fang est très conservateur, nous ne nous marions pas entre descendants du même clan parce que nous sommes supposés avoir le même ancêtre. Les interdictions de mariages dans le même lignage sont très strictes, et cela n’a rien à avoir avec nos frontières actuelles. Que vous soyez fang du Congo, Cameroun, guinée équatoriale ou Sao-tomé en passant par le Gabon, si vous avec le même clan ou si vous êtes liés dans vôtre généalogie de manière direct, père ou mère ont le même clan que le géniteur de l’enfant ou votre prétendant, cette union doit être obligatoirement dissoute.

  • Nous avons plusieurs clans par exemple ma mère est ODZIP, elle ne peut donc se marier avec un ODZIP ni même avoir une simple relation amoureuse. Cela est considéré comme une relation incestueuse. Vous êtes du même sang lorsque vous partagez le même clan.
  • Après cette vérification, on verra si la fille a eu à commettre des actes répréhensibles qui pourront mystiquement atteindre son fœtus. Vérifier si elle n’a pas d’interdit ce que l’on appelle couramment MEKA. Très souvent, on t’impose ce type d’interdit sans que tu ne sois informé, généralement à ta naissance. Exemple l’on peut décider que tu n’enfanteras pas et tu seras riche et aisé, mais si tu tombes enceinte, tu perdras la vie. Après la confession, on passe au traitement.

Step 2 : le traitement

Le traitement dépend du contenu de la confession et sa durée également. Selon la gravité des choses, il prescrit un traitement, qui comprend des bains et des lavements à base d’écorces de bois divers.

Le premier bain se fait dans une mare d’eau dans la forêt, mare d’eau qui bien évidemment à été « préparée » par le tradi-praticien avec des écorces des bois et invocation des ancêtres. Le lavement ici sert de purification interne, cela sert à faire sortir les impuretés de ton corps. Après quoi, il est remis un flacon fermé que l’on ouvre ou n’enterre qu’au moment des premières contractions. Dès lors, les visites chez le gynécologue peuvent commencer.

Step 3 : Préparation de la Délivrance

Lorsque vous êtes à terme (la fin du 8e, début 9e mois) vous commencez les purges avec des plantes gluantes pour dilater le col.

Bien évidemment, la purge se fait au niveau de la voie rectale. Il peut arriver aussi que l’on donne une préparation à base de plantes médicinales que la femme va mettre sous forme d’ovule. Il est strictement interdit de faire ces lavements avant cette période au risque d’accoucher prématurément.Je n’ai pas pu m’empêcher de demander à ma mère si elle l’avait fait quand elle était enceinte de moi, elle m’a répondu bien évidemment ! J’ai rétorqué : « je n’ai pas voulu sortir alors ». Et elle de me répondre « oui, tu as voulu rester plus de 10 mois dans mon ventre ». Eh, oui, je savais que ce monde est trop cruel, j’ai voulu rester au chaud le plus longtemps possible.

Au début des contractions, on lui fait un lavement afin de vider son rectum de manière à éviter qu’il y ait des matières fécales lors de la sortie du bébé. Oui, je ne vous apprends rien lorsque l’on pousse l’enfant, ben, on pousse tout, y compris ce qu’il y a dans le rectum. Ce lavement est également pratiqué en milieu hospitalier donc il n’ ya rien de dangereux. Voilà Bébé peut venir au monde tranquillement, en évitant une épisiotomie à la maman, en évitant trop de dégât pour lui et la maman.

Après ces échanges, j’ai réalisé tout ce que j’avais raté et que j’aurais aimé vivre pendant ma grossesse, ça m’aurais évité par exemple cette fameuse épisiotomie qui m’a renvoyé 5 ans plus tard à l’hôpital (je vous raconterais ça un jour).

J’espère que cet article a été édifiant pour vous, je sais déjà que si je retombe enceinte (si), je passerai par cette étape, non pas parce que l’on m’y oblige, mais, parce que c’est important pour moi de vivre une grossesse comme ma maman l’a vécue, comme sa mère l’a vécue avant elle, et toutes les femmes de ma lignée. C’est important parce que demain, je vais transmettre à mon tour ce magnifique héritage qui nous définit comme appartenant à un peuple, une tradition, une culture.

Ici s’achève la première partie, nous nous reverrons pour les prochaines étapes dans la 2e et dernière partie. La prochaine partie est celle que je préfère. On verra comment on s’occupe de la nouvelle maman chez les Fangs avec en plus des astuces beautés. J’ai hâte de vous en dire plus.

En attendant, dites moi, vous comment cela se passe dans votre ethnie ou pays ? Racontez-moi.
Obone Nang.


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Obone Nang est une Gabonaise, mère d’une ado de 15 ans. Après plusieurs années passées à Dakar, elle décide de retourner dans le pays qui l’a vu naître. C’est une femme dynamique qui doit absolument s’occuper sinon elle se sent dépérir. Véritable couteau-suisse, elle a plusieurs cordes à son arc. Blogueuse, elle est propriétaire d’un blog lifestyle dans lequel elle parle cheveux, cuisine, mode… Styliste, elle est la créatrice de Kemetik qui une marque urbaine utilisant principalement le wax; sa gamme de produits va des vêtements aux chaussures. Handcookeur, elle vient de se lancer dans la confection de cupcake au Gabon.

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