Crier au secours quand c’est devenu trop lourd à porter.

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Source: Littleliliblue

Qui dit “deuil” dit forcément perte, renoncement, décès. Le deuil périnatal a cela de spécifique qu’il fait référence au processus qui accompagne le décès d’un enfant, pendant la grossesse, pendant l’accouchement, ou peu de temps après sa naissance.

Bien qu’on en parle peu dans certaines communautés, cette situation existe bel et bien et est vécue par beaucoup de couples ou des femmes seules.

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Selon la définition de l’OMS, un enfant mort-né correspond au « décès d’un produit de conception lorsque ce décès est survenu avant l’expulsion ou l’extraction complète du corps de la mère, indépendamment de la durée de gestation. Le décès est indiqué par le fait qu’après cette séparation, le fœtus ne respire pas et ni ne manifeste aucun autre signe de vie tel que battement de cœur, pulsation du cordon ombilical ou contraction effective d’un muscle soumis a l’action de la volonté ».

Plus concrètement?

Le domaine médical définit  les expériences suivantes comme  induisant une nécessité de deuil périnatal:

  • Fausse couche : Décès d’un embryon ou d’un fœtus non viable pesant moins de 500 grammes, qui survient au cours des 20 premières semaines de grossesse
  • Mortinaissance (ou mort fœtale) : Décès d’un fœtus pesant plus de 500 grammes qui survient dans l’utérus de la femme pendant la grossesse ou l’accouchement, indépendamment de la durée de gestation
  • Mort néonatale : Décès d’un bébé né vivant qui survient à moins de 28 jours de vie
  • Interruption volontaire de grossesse : Acte médical pratiqué, à la demande de la femme, pour mettre un terme à une grossesse non désirée
  • Interruption médicale (ou thérapeutique) de grossesse : Acte médical pratiqué pour mettre un terme à une grossesse en raison d’un problème médical chez le bébé (p. ex. : malformations congénitales) ou chez la mère (p. ex. : quand la poursuite de la grossesse est dangereuse pour la santé de la mère)

Sans vouloir rentrer dans les considérations médicales ou philosophiques concernant la notion d’enfant ( à partir de combien de semaines peut-on considérer que l’embryon est un enfant?), le vécu d’une telle épreuve est fortement influencé par des facteurs individuels:

  • les croyances personnelles sur la maternité
  • les difficultés qu’on a traversées pour pouvoir tomber enceinte
  • le fait qu’on ait déjà des enfants ou pas
  • la possibilité d’en avoir encore dans le futur
  • le fait que cet enfant ait été désiré/planifié ou non
  • les causes du décès
  • l’âge de la femme
  • les conséquences d’une telle perte au niveau du couple
  • Les pressions de la famille et la peur du stigmate
  • les pertes antérieures s’il y’en a déjà eu
  • Etc.

Les conséquences psychologiques chez la mère

Elles dépendent évidemment du contexte. Perdre son enfant suite à une IMG est différent de le perdre suite à une mort in-utéro, perdre un enfant à 8 semaines de grossesse sera surement  différent de le perdre après la naissance.

The question is: “que représentait l’enfant perdu pour la mère”

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Minée par les sentiments d’échec, de honte ou de culpabilité, elle s’imagine souvent avoir déçu son entourage ou encore ne pas être capable de porter un enfant jusqu’à son terme.

La confiance en ses capacités à être une femme à part entière peut dès lors s’en trouver ébranlée.

Même dans les cas ou elle aurait eu recours à une IVG, elle pourra sombrer dans une dépression profonde  juste après l’intervention. On se se connait pas toujours suffisamment pour anticiper toutes ses réactions.

Chez des femmes ayant subi une Interruption médicale de grossesse ou ayant fait des fausses couches à répétition, le sentiment d’injustice ou d’impuissance peut finir par se transformer en amertume. “Qu’ai-je fait pour mériter tout ça? pourquoi moi?”

La peur des critiques ainsi que le sentiment de ne pas être comprise (l’entourage banalise souvent ce que vit la mère )  poussent beaucoup de femmes au déni et au silence. Elles se replient sur elles-mêmes et congèlent ainsi leurs émotions.

Quoi qu’il en soit, chacun de nous a ses propres capacités de résilience, certains couples ou certaines femmes s’en remettront assez vite, et d’autres pas du tout, ou alors seulement après beaucoup de temps.

Colère et tristesse étant bien souvent au rendez-vous.

Le deuil normal

Face à un décès, il est important de faire son deuil. C’est à dire accepter que les choses se sont passées comme elles se sont passées et laisser aller la douleur.

Faire son deuil c’est renoncer à ce qui aurait pu être, aussi douloureux que cela puisse être. Si ce n’est déjà pas facile avec les personnes qui ont vécu et qu’on a connues, imaginez ce que celà pourrait être pour un enfant cherché, voulu, imaginé, attendu, et émotionnellement investi.

Tout un projet de vie qui tombe à l’eau, aucun souvenir pour se consoler, rien d’autre à quoi se raccrocher. Les circonstances entourant un décès ont toujours un impact non négligeable sur la souffrance ressentie et l’évolution ultérieure du deuil.

Beaucoup penseront à tort qu’il est plus facile de passer à autre chose puisque ce n’était encore qu’un embryon, un foetus, un nourrisson.

Le deuil reste  un processus dynamique caractérisé par différentes phases et réactions émotionnelles. Chacun le fera à son rythme, et en fonction de sa propre histoire. Le schéma suivant en est une illustration simple.

Le deuil compliqué

Le deuil compliqué se définit par la présence d’obstacles dans le processus du deuil. Contrairement aux réactions émotionnelles d’un deuil normal qui diminuent graduellement avec le temps, celles d’un deuil compliqué persistent ou s’aggravent. Le parent ne passe par les différentes phases ud deuil : son état émotionnel reste bloqué à une phase.

N’oublions pas que le décès périnatal est souvent imprévu et imprévisible. La mère ne s’y attendait pas et se retrouve donc vulnérable face à la possibilité de développer un syndrome de stress post-traumatique par la suite.

Les symptômes

Pour qu’un deuil soit dit « compliqué », il faut que les symptômes suivants soient présents pendant au moins six mois après le décès d’une personne et occasionnent des problèmes de fonctionnement dans les sphères sociales et professionnelles:

  • Sentiments de nostalgie persistants et extrêmes liés à la personne décédée
  • Sentiments excessifs d’amertume, de colère ou de culpabilité (p. ex. : se blâmer pour la mort de la personne, se dévaloriser)
  • Humeur agitée, instable ou irritable
  • Difficulté à accepter le décès et à poursuivre sa vie (p. ex. : difficulté à former de nouvelles relations interpersonnelles)
  • Incapacité à faire confiance à autrui depuis le décès
  • Détachement émotionnel à l’égard d’autrui ou absence apparente de deuil (p. ex. : un parent qui affirme que tout va bien tout le temps)
  • Sentiment que la vie est vide et qu’elle n’a plus de sens ou de but
  • Évitement de situations ou de personnes qui rappellent le décès
  • Négligence ou dégradation de la santé physique
  • Prise de risques ou comportements autodestructeurs (p. ex. : consommation de drogues ou d’alcool, tentative de suicide).

Comment aider une femme à surmonter cette épreuve ?

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  • Fournir une écoute non jugeante et beaucoup d’attention
  • Informer sur le deuil périnatal et les conséquences psychologique
  • Donner des réponses médicales claires et éviter de culpabiliser les parents
  • Lui renvoyer une bonne image d’elle-même
  • La réconforter et ne surtout pas en faire un sujet tabou
  • Ne pas lui faire de reproches ou lui mettre une pression relative à ses capacités à enfanter
  • Ne  pas se précipiter pour faire un autre enfant en s’imaginant que ce serait la solution. Aucun enfant ne peut remplacer un autre.

Pour les femmes ayant vécu cette situation, il est important de prendre le temps de faire son deuil. Parlez de votre expérience, exprimez vos émotions. Plus important encore, demandez de l’aide au bon endroit et aux bonnes personnes quand vous n’y arrivez pas toute seule.

Etre forte, c’est aussi crier au secours quand c’est devenu trop lourd à porter.

PS : Même si on en parle que de la maman, la souffrance du père existe également, il ne la manifeste tout simplement pas de la même manière.


Psychologue et professionnelle RH, Yann Vivette Tsobgni est une passionnée de la santé mentale et de la relation d’aide. En 2011, elle décide de se spécialiser dans la prise en charge des personnes immigrées et se donne pour objectif de démystifier la psychologie auprès du public africain. En 2016, elle crée le blog Noire & Psy pour partager ses analyses et réflexions sur les différentes problématiques rencontrées par l’être humain.


 

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