Parce que je voulais un père pour notre fille

Pendant longtemps, j’ai cru que l’amour paternel était une évidence. J’avais eu un papa merveilleux, aimant, soutenant, et protecteur. Mon enfance a été une véritable bénédiction. Je me souviens de son regard, de son rire et de la chaleur de ses bras.

J’ai beau fouiller dans ma mémoire, et pas un seul jour, je ne me souviens avoir manqué d’affection. Mon père m’aimait, cela était une évidence.

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Quand j’ai eu ma fille, j’ai pensé qu’elle vivrait ce que j’avais vécu. j’ai cru que son père lui donnerait autant d’amour que le mien. J’ai cru qu’il serait là, malgré tout.

Dans mon monde, je n’avais pas d’autre modèle que celui que j’avais connu. L’amour d’un père, Mon Dieu, quelle ressource pour le cœur d’un enfant !

J’avais toujours dit que je ne voulais pas faire d’enfant hors mariage, j’avais toujours pensé que mes enfants grandiront dans un foyer stable. Je lui avais raconté mon histoire, et mes espoirs. Je lui avais dit : « je ne prendrais pas la pilule, ces choses là, on les oublie ». Je lui avais dit : « protèges-toi car un accident peut arriver. »

Ah l’amour! quand il nous tient, on oublie toutes nos résolutions et on se laisse aller au doux murmure de la voix de l’élu:  » Ne t’en fais pas, quoi qu’il arrive, je serais là, je t’aime et je ne suis pas de passage. »

Nous étions jeunes, et peut-être encore trop naïfs. Et la nature, elle a horreur qu’on la défie. Nous allions l’apprendre quelques années plus tard, à nos dépens.

Après moult turpitudes et une montagne de stress, le verdict était tombé un après-midi: enceinte!

 

Quel choc! 23 ans, et déjà un bébé! Qu’allais-je dire à ma mère? Et mon père? Bien qu’il ne soit plus parmi nous, qu’aurait-il pensé?

Tant bien que mal, j’ai tenu à garder cet ange, car j’ignorais ce que la vie me réserverait si j’en décidais autrement.

L’heure était venue d’assumer, l’heure était venue de grandir et de rendre des comptes à la vie.

Comme j’ai été bouleversée de réaliser que je ferai ce chemin seule, que mes rêves allaient être brisés, et que je serai ce que j’avais tant redouté: une  “mère  célibataire”.

Qu’avais-tu fait de ta promesse? Comment avais-tu pu oublier? Que m’avais-tu dit?

Malgré tout, je croyais encore à ta capacité d’être un bon père, même sans moi à tes côtés. Je ne voulais pas que notre fille passe à côté de l’amour paternel, cet amour que j’avais connu. Cet amour qui avait fait de moi celle que tu avais connue.

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Malgré ton mépris, j’ai forcé vos relations. Malgré ton rejet j’ai insisté pour que tu la voies. Je t’ai presque supplié de l’aimer, même si moi tu ne m’aimais plus.

Tu pouvais me rejeter, je m’en remettrais, mais pas elle. Elle n’avait que toi et moi. Je ne pourrais jamais être un père pour elle.

Tout le monde me disait : « laisse, C’est son père, ne coupe pas les ponts » …et c’est ce que j’ai fait. J’ai avalé mes larmes et ma frustration en pensant faire ce qui était le mieux pour elle.

C’était ça aussi assumer ses choix.

Mais à quel prix mon Dieu, à quel prix? Je priais, et j’espérais. Un jour peut-être tu l’aimeras, un jour peut-être tu changeras.

Mon vécu me criait qu’un père aime automatiquement ses enfants. Qu’il ne peut pas ne pas les aimer.

C’est le seul repère que j’avais. Alors je gardais espoir.

Quelques années plus tard, elle m’a dit « maman, pourquoi tu me forces à aller chez lui, il ne m’aime pas…Je ne veux plus y aller »

« Pourquoi mon père me rejette? Il aime pourtant ses autres enfants »

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Effondrée, je n’ai pas su comment t’expliquer. Je croyais bien faire ma fille, je pensais que ton père finirait par t’aimer. Je ne voulais pas que tu souffres d’abandon et j’ai sacrifié mon honneur pour sauver ton coeur.

Mais j’ai échoué, je t’ai blessée sans le savoir, je t’ai infligée une douleur encore pire que celle que je voulais t’éviter.

Pardon mon enfant, maman ne sait pas tout. Maman a fait avec ce qu’elle a pu, maman voulait juste que tu sois aimée et que tu puisses connaître la profondeur d’un amour paternel.

Ce que j’ignorais alors, c’est qu’un bon père, ça ne se crée pas, ça ne s’improvise pas.

Un bon père, c’est avant tout un homme bien. Qui sait faire la part des choses, et dont l’amour pour ses enfants est inconditionnel.

 

Si c’était à refaire, je ferais sûrement les choses différemment. Mais ce que cette expérience m’a appris vaut largement son pesant d’or: j’ai eu de la chance d’avoir un père exceptionnel. L’amour parental n’est pas inné.

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Trop d’enfants vivent, grandissent et meurent, sans jamais avoir connu cette bénédiction qui pourtant ne coûte rien, mais apporte tant à ces petits êtres qui n’ont jamais demandé à naître.

Un regard, une parole valorisante ou tout simplement une présence qualitative.

Aucun enfant ne devrait avoir à payer les erreurs de ses parents.

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