Aventures d’une grossesse pathologique…

Genevieve Sauvalle Photo_6
Photo par Geneviève Sauvalle

Prenez cahier, marquez ‘Dictée‘…

Titre: Grossesse difficile ou l’art d’obtenir un pseudo-repos longue durée…

« La grossesse n’est pas une maladie »… très galvaudé et pourtant cela n’empêche personne de le chanter à tue-tête, encore moins les professionnels de la santé dont je fais partie (heureusement ou malheureusement). Nous sommes pourtant bien placés pour savoir que cela peut se révéler grave voire mortel (mais… n’allons pas si vite en besogne).

Tout avait commencé par une douleur légère, puis modérée, récurrente du célèbre « bas ventre ». Plongée dans la frénésie de mes activités professionnelles (se faire une place au soleil, ce n’est pas de la tarte!), je n’y avais pas d’abord prêté attention et de toute façon mon syndrome prémenstruel (et même menstruel) avait souvent tendance à se faire sentir violemment; et avouons-le, les soucis inhérents la condition de jeune-bientôt-trentenaire célibataire n’étaient pas des moindres.

Deux semaines de douleurs et toujours pas de « règles »… pour quelqu’un qui avait réussi à atteindre sagement ses 30 ans sans aucun pépin (ni « retard », ni « maladie ») et qui a passé suffisamment de temps à étudier le phénomène, cela posait question. Notre très amoureux galant pourrait nous avoir aidé à nous mettre dans la situation assez particulière où tout adulte que nous soyons, médecin de surcroit, sage, raisonnée et raisonnable, on se dit en bonne jeune africaine des temps modernes: « Mince! si c’est ça… Que vont dire mes parents?! ». La révolution n’est pas encore arrivée…

pregnant-Pixabay

Ce n’est qu’après s’être soumise à l’exercice matinal de miction sur un stick (Positif évidemment, le contraire aurait été trop beau), que l’on se demande en bonne scientifique : « Pourquoi ai-je mal… autant mal? » Et bien entendu on pense à tout et à n’importe quoi. Heureusement le recul, la raison et le calme aidant (merci aux parents bientôt grands-parents pour l’éducation), une spécialiste choisie par mes soins me révélera à 6 semaines aménorrhées: une grossesse à risques.

Risques... que dire de plus? Le petit cœur bat, on n’entend et ne voit que lui, si merveilleusement inattendu et irréel, mais le processus peut s’arrêter à tout moment. Cela n’a aucun sens. Comment peut prendre sens la réalité de la vie et la mort entremêlés si étroitement? Concept que le cerveau a toujours intégré et que le cœur d’une future mère de 7 semaines ne comprend pas. On annonce la nouvelle au futur père comme aux parents et les réactions sont… tellement complexes. Du parent qui se voulait déjà grand-père il y’a pas si longtemps en nous rappelant notre âge, au père de principes presque choqué de notre célibat bientôt en rondeurs, au papa inquiet pour notre santé… tout y est passé en 9 mois, ne parlant que de lui.

Ne pas s’attacher… car tout peut s’arrêter à tout moment… Mot d’ordre, conseil avisé.

Ne pas s’attacher… quand les longues ordonnances et examens s’alignaient et qu’il fallait ingurgiter quantités de comprimés, de suppositoires, d’injections douloureuses… molécules dont on redécouvrait les propriétés (on apprend toujours dans les situations les plus rocambolesques).

Ne pas s’attacher… quand on subit une première menace d’avortement précoce suivie de notre première intervention sous anesthésie générale en tant que patiente, parce qu’un patron peu compréhensif vous oblige à voyager pour le supplier de signer une permission dont finalement on choisira de se passer car il y’avait plus important en jeu (la mise en perspective brutale!).

Ne pas s’attacher… quand on subit une 2e menace d’avortement et qu’on obtient le Graal: un certificat de grossesse et un repos obligatoire jusqu’à la fin de celle-ci… (Bye patron!)

Ne pas s’attacher… quand les premiers mouvements fœtaux arrivent… Ces légers frémissements d’ailes de papillons imperceptibles que personne n’arrive à vous décrire et qui inondent votre cœur, votre âme; et qu’il faille cultiver la pensée positive malgré tout.

Ne pas s’attacher… quand votre vie se résume à compter les semaines de gagner (un mardi-jour de 1ere échographie après l’autre), votre lit, votre télévision (car même l’attention nécessaire pour lire vous quitte) et une sortie mensuelle au trajet simple: cabinet médical-échographie-laboratoire-pharmacie… Glacier préféré pour fêter chaque petite bonne nouvelle: il est toujours là! N’évoquons pas les aspects financiers n’est-ce pas?!

Ne pas s’attacher… quand on médite sur son nom et on choisit ces prénoms car trop prévoyante pour laisser ça au petit bonheur la chance.

Ne pas s’attacher… quand après s’être réjoui d’avoir traversé le N’ieme mardi symbolisant la viabilité fœtale, on se retrouve seule sans ‘unités d’appel’ dans le téléphone un vendredi soir dans le noir délestage oblige (très sub-saharien comme situation), qu’on pense ‘uriner sur soi’ et qu’ensuite vient la panique car c’est trop tôt.

Ne pas s’attacher… quand ayant pu joindre son frère pour le téléphone (vive les ‘SOS Crédits’), puis la gynécologue pour lui expliquer qu’on a déjà appliqué tout ce qui est écrit dans les manuels médicaux mais qu’on a besoin d’elle néanmoins, sa mère dévouée pour qu’elle arrive en courant (malgré notre voix très calme) et lui annoncer tout aussi calmement que sorti de la maison ce serait pour ne pas y revenir pareil.

Ne pas s’attacher… quand on doit, dans une position inconfortable tête en bas ‘perdre les eaux’ continuellement pendant 48hrs, d’abord sans douleur puis après dans une complication douloureuse intolérable, et qu’on a la sensation à chaque écoulement que la vie s’échappe de nous et qu’on n’y peut pas grand-chose.

Ne Surtout pas s’attacher… quand à un moment de la 2e nuit votre instinct et votre connaissance (déjà) de cet être, qui avait ces habitudes nocturnes en votre sein, vous font dire avec insistance qu’il y’a quelque chose qui ne va pas. Et qu’ayant cédé à vos exigences irrationnelles (dit-on) et somme toute scientifiquement formulées, on se rend compte après un examen rapide et précis qu’effectivement: rien ne va.

Ne Surtout pas s’attacher… quand la césarienne tranquillement programmée du départ devient une césarienne d’urgence avec le branle-bas de combat que cela implique à tous les niveaux…

Ne Surtout pas s’attacher à ce cœur… qui bat de moins en moins dans un ventre de plus en plus immobile… la mort qui a toujours rodé autour s’invitant finalement à la fête.

Ne surtout pas s’attacher… à l’amour… à lui…

Ne surtout pas s’attacher… pour ne pas souffrir au cas où il ne verrait pas le jour, l’intellectualiser 9 mois durant… le souffrir dans sa chair, dans son esprit troublé et dans son cœur meurtri plus longtemps encore. Comment est-ce possible? Comment est-ce imaginable…

J’aime à croire que ma lucidité et ma connaissance du métier m’ont aidée et sauvée au moment décisif car j’ai reconnu les signes avant-coureurs à chaque étape. Oui, j’ai été attentive et lucide, et fort de ma réputation, la part de subjectif a été prise en compte par les collègues comme objective car exprimée rationnellement. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de toutes, qui ne savent à quoi elles ont affaire.

Mais nous savons tous que, ce en quoi nous refusons de croire si souvent, je l’ai vécu… Le Miracle. Le Miracle de la vie… un petit miracle après l’autre, un sacrifice après l’autre, un jour de doute et de souffrance après l’autre… un battement de cœur après l’autre: il est arrivé. Un battant aux multiples facettes que nous découvrons chaque jour un peu plus. Alors, les sacrifices continuent, des douleurs de la guérison aux premiers et incessants ‘bobo’. On devient mère, ce faisant on regarde d’un autre œil cette mère que nous avons toujours eu et redécouvert pendant cette épreuve.

Oui, cela peut arriver à tout le monde.

Alors vient la question existentielle…. Comment faire un autre enfant (éventuellement) après une grossesse pathologique?

Lorsque j’aurais épuisé les armes et moyens à ma disposition pour avoir une réponse (bien que personnelle)… je ne manquerais pas de vous le dire.

Maternellement votre.

Jeanne D’Arc IBOCK


Jeune Médecin camerounais de 32 ans, en cours de spécialisation en Chirurgie pédiatrique et résident au Sénégal depuis quelques mois. Mère depuis 2 ans et des brouettes et expérimentant ce challenge multiforme au quotidien depuis lors. Passionnée d’architecture d’intérieur et design (ma première passion) ; de dessin, peinture et photographie ; de littérature ; de cinéma et de musique, en pleine découverte du blogging, je me veux être un kaléidoscope dans un carcan scientifique. Initiatrice de plusieurs associations porteuses de projets humanitaires notamment médicaux, je me fais fort de participer à tout projet donnant du sens à l’expression ‘Ensemble pour les démunis’.


 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s