Confort ou chemin de croix: la césarienne en question

Helen Aller bis
Photographie de Helen Aller. Cette photo a fait l’objet d’une polémique et pourtant l’histoire qu’elle raconte est BOULEVERSANTE…

La césarienne est une intervention chirurgicale pratiquée sous anesthésie générale ou locale au cours de laquelle une incision est faite dans l’utérus afin d’en extraire le bébé. Dépendamment des cas, elle est soit la résultante d’une opération d’urgence ou d’un acte planifié.

Voilà pour camper le débat !

Dans le monde apparemment idyllique qu’est la maternité, dans la course à l’accouchement classique une guerre de tranchées totalement dénuée de sens est née. A droite, vous avez les femmes qui accouchent à la old school ou naturellement / par voie basse et à gauche les flemmardes, fainéasses, celles qui aiment la facilité de l’avis des dames de droite : les femmes qui accouchent par césarienne. Il se dit que les femmes de gauche parce que incapables de « pousser », ne sont pas des mères complètes ; devinez pourquoi ? Elles ne connaîtraient pas les joies douleurs de l’accouchement/enfantement/délivrance.

Sans rien avoir à prouver, je vais lister ici ces rien-du-tout qui ne font pas de nous des mamans de sous catégories.

La plupart des  mamans souhaitent accoucher par voie basse :  

Je me souviens de ma discussion avec mon gynécologue lors de ma première grossesse aboutie, lui faisant part de mon désir d’accoucher par voie basse sans péridurale ;  il a souri. « Beaucoup de femmes le disent mais changent d’avis dès les premières contractions ». Nous avions ri de bon cœur. Quelques semaines plus tard, à 14h je me retrouvais à l’hôpital en toute urgence car il y avait une souffrance fœtale, je devais être opérée. 14h30, par les cris de mon bébé, je devenais maman ! A ce moment-là, j’avais oublié mon désir d’accouchement par voie basse.

Il serait cependant erroné de croire ce choix de convenance est la résultante de recours à la facilité : pour ma deuxième grossesse, j’ai beaucoup réfléchi. Il se dit que « Césarienne un jour, césarienne toujours » mais les bien-pensant(e)s prétendent qu’il est possible d’accoucher après une césarienne : oui c’est vrai ! Mais ils/elles se garderont de vous dire que la démarche est risquée, qu’il est possible que la cicatrice s’ouvre sous l’effet de la poussée et des contractions. Devais-je jouer à la roulette russe avec ma vie ? Sûrement pas ! Je dois avouer que j’ai hésité et je me suis dit que je ne risquerais pas de mourir en couche parce que je donne la vie. Alors, mon gynécologue et moi avons planifié la venue de mon deuxième. Je puis vous assurer que savoir d’avance n’aide pas,  bien au contraire. Les jours précédant le jour J ont été des montagnes russes émotionnelles…

Risquée pour la mère, sûre pour l’enfant : tous les praticiens s’accorderont à vous le dire ; si le bébé « souffre moins », pour la maman sous anesthésie en train de se faire charcuter c’est autre chose. L’anesthésiste a dû s’y prendre à deux fois. Et puis je ne sens plus mes jambes, mes cuisses… tout ceci me semble familier; je souris et je me rappelle ma première fois, ma première anesthésie partielle et mon accouchement. Sauf que… les effets de l’anesthésie se propagent au-delà de la zone assignée, je la sens qui s’étend au-dessus de mon diaphragme… mes bras sont lourds, ma poitrine compressée et je peux à peine parler. Etait-ce comme ça la première fois ? Je n’en ai pas l’impression. Je lutte de toutes mes forces pour ne pas paniquer. J’essaie d’appeler à l’aide mais rien ne sort de ma bouche… Suis-je en droit de ne pas paniquer ? Là, il se passe quelque chose à des années lumières de ma première expérience. Comparaison n’est pas raison dit-on mais Dieu que j’aurais aimé que tout se passât comme avec l’aîné. Dans cette situation, seul mon esprit est vif. Je réfléchis à 100 à l’heure.

C’est comme si tout a ralenti tout en restant dynamique. J’entends mon gynécologue parler, je sens mon « abdomen » bouger, dans cette salle d’opération, la vie continue. Seule moi semble figée, condamnée à être la prisonnière d’un corps devenu trop lourd à porter. Depuis les profondeurs de mon âme, je rassemble tout ce qui me reste de force. « Professeur, Professeur », laissai-je échapper. Je fais une pause. C’est plus que je ne peux dire. Deux mots et pourtant j’ai tant de choses à lui dire. Oui, je fais une pause. Je ne sais plus trop comment mais je parviens à lui faire part de mes inquiétudes. J’étais paniquée, le souffle haletant. Il me répond, il semble calme et me rassure… quelques minutes plus tard, mon deuxième fils voit le jour. Il me le montre. Il pleure, il est parfait et mon angoisse semble loin déjà… Lui va bien et moi… recousue, on me transporte en salle de réveil…

La récupération prend trop / plus de temps : Se tenir droite après une césarienne. Aujourd’hui j’en ris, mais ça n’a rien de drôle. Ce n’est que la première étape d’un long, très long parcours qui vous semblera un parcours du combattant. Et pour cause, dans le long processus sera votre convalescence, il vous faudra user de beaucoup de force d’esprit et de volonté. Passée la périlleuse épreuve de se mettre debout, vous devrez apprendre à vous redresser, à vous asseoir TOUTE SEULE. Les allers et retours pour nettoyer la « plaie » et le plus dur : apprendre à se ménager. Ne pas porter de charges trop lourdes, rien qui sollicite les abdominaux, faire attention à tout. Avec tout ça, vous devrez vous occuper de votre petit bout de chou…

Après tout ceci, devoir quand même se justifier : c’est le plus terrible! On s’est faite charcuter mais on doit quand même attester sur l’honneur que ce n’était pas pour le fun que l’on se retrouve avec une balafre au niveau du bas ventre. Prouver, expliquer, vous donner mauvaise conscience, vous faire douter de la bienveillance de votre gynécologue…

En ce qui me concerne, j’aurais préféré m’épargner toutes ces galères et c’est dommage d’être étiqueté… et peu m’importe comment mes bébés sont arrivés ; ils sont arrivés c’est le plus important ! Oui je vais bien et je récupère tout doucement ; merci d’avoir demandé.

N’oubliez juste pas qu’ « une femme qui accouche, a un pied dans la tombe », et vu que telle est VRAIMENT la réalité, merci de m’épargner les réflexions balourdes teintées de votre arrogance de femmes qui grand bien vous fasse, avez accouché par voie basse. Je suis maman, c’est tout ce qui compte. Mes galons, je les ai gagnés à la régulière et ça, quel que soit vos commentaires acerbes, “cela n’enlèvera rien à ma maternité”.

Vous souhaitez partager votre expérience, parlez-en ici : lesmaters@gmail.com

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