Maman à 16 ans

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Alexas_Fotos Pixabay

Je vais vous parler de l’histoire d’une jeune fille de 16 ans qui tomba enceinte.

Aujourd’hui, je suis parent, je comprends mieux les choses. Je comprends mieux le fonctionnement de certaines choses que j’aurais aimé comprendre à ce moment-là. 
Oui, vous l’avez compris il y a de cela 16 ans, je suis tombée enceinte de ma fille qui a aujourd’hui 15 ans. A 32 ans bientôt, je suis la maman d’une adolescente. 

Est-ce que j’aurais aimé éviter cela ? Est-ce que j’aurais aimé ne pas tomber enceinte et être maman plus tard ? bien plus tard ? Oui oui et oui. 

Je vous entends dire, mais comment peut-elle oser dire ce genre de choses ? Elle a pensé à son enfant ? C’est méchant tout ça. Tout comme, il y en a certaines parmi vous qui ont déjà fait mon procès. « La sœur si jeune ? Tu ne pouvais pas attendre ? Le « nioxage »* est-ce que ça fuit ? Et je vous comprends, je vous pardonne par la même occasion. 

Ma fille, je l’aime, c’est le fil qui me relie à ce monde. Sans elle, je n’aurais pas eu la force de traverser certaines choses. Mais j’aurais aimé l’avoir plus tard pour lui offrir le meilleur de moi. Pour lui donner un environnement idéal entouré de son père et de sa mère. J’aurais aimé tant lui offrir.


Je suis tombée enceinte par manque de jugeote et de connaissance. Et non parce que j’étais une fille légère. J’ai grandi dans un environnement où certains sujets étaient tabous et où on ne m’a pas expliqué correctement que je devenais une femme. Que mon corps ne changeait pas seulement physiquement, mais physiologiquement. Que j’étais dans une période de ma vie ou des émotions et sentiments inconnus jusqu’à maintenant allaient apparaître. Que mon corps n’allait pas changer que visuellement, mais aussi intérieurement.

J’étais tombée amoureuse d’un jeune homme de 5 ans mon aîné qui ne faisait vraiment pas son âge. Quelques mois après notre rencontre, environ 7 mois, nous avons eu notre premier rapport sexuel du moins premier pour moi. 1 mois plus tard, je suis tombée enceinte… 

Je m’étais fiée à mon cycle. Parce qu’en classe, j’avais apprise à le calculer. Ne sachant pas qu’en fait, toutes les femmes n’avaient pas un cycle de 28 jours et qu’à partir du 11e jour du cycle, on était déjà dans une zone à  risque. Je suis tombée enceinte. J’ai fait une sorte de  déni de grossesse. 

Pour moi, je ne pouvais pas être enceinte. J’avais tout bien fait. Et comme je n’avais pas de nausée, pas de malaise (deuxième contre vérité) pour moi tout était normal. 

Si j’avais eu un adulte qui m’avait expliqué qu’être enceinte n’entraîne pas forcément des nausées et des vertiges, j’aurais certainement admis bien plus tôt que j’étais enceinte… Un jour, j’ai dû me rendre à l’hôpital, car j’avais constamment des douleurs pelviennes. Je n’oublierais jamais ce jour-là. Mon gynécologue qui me suivait déjà pour un problème hormonal m’a fait les examens cliniques habituels et par la suite, il m’a fait passer une échographie. Cela n’a  fait que confirmer ses doutes, j’étais belle et bien enceinte. En gestation de 4 mois. J’étais désorientée, dépassée. 

Sur l’échographie, ma fille avait la main pliée comme si elle demandait quelque chose. 

Et le médecin m’a dit, tu as vu ? Comment sa main est pliée. Elle dit, donne-moi la vie, je veux la vie et il a commencé à chanter une de ses louanges qu’il chantait toujours pendant les consultations. Cela m’a donné une sensation étrange. J’ai commencé à penser à mon père… Il était capable de me tuer. Et ma mère ? Qu’allait-elle en penser. Ce qu’il faut savoir, c’est que mes parents ont respectivement fait leur vie chacun de leur côté. Et la période durant  laquelle je suis tombée enceinte, j’étais chez mon père et je ne voyais plus ma mère. C’est ainsi que je me suis retrouvée avec une confirmation de gestation de 4 mois.

Que faire ? Il était clair pour moi que je ne puisse envisager un avortement. 4 mois ? C’était trop risqué. C’était possible clandestinement. Mais risqué. Et en plus, j’ai pensé et si c’était le seul enfant qu’il m’était donné d’avoir ? Et pourquoi sa main était telle positionnée de cette manière à ce moment de l’écho ? Avec tout ça dans ma tête, je pris l’engagement de garder ma fille. Aujourd’hui, je suis maman d’une jeune et magnifique jeune fille en bonne santé par la grâce de Dieu 

Je suis passé par des épreuves difficiles. Mon père m’a foutu à la porte de chez lui me déposant nuitamment chez les parents du papa de ma fille. Ma mère a refusé de m’accueillir chez elle, et j’ai fini par atterrir chez mon oncle et sa femme.

Durant les 10 premières années de vie de ma fille, j’ai payé le fait d’être tombée enceinte à 16 ans. C’était un affront pour mon père, pour lui, je l’avais fait exprès. 

À aucun moment, les gens ne se sont mis à ma place afin d’imaginer ce que moi gamine de 16 ans, tout cela pouvait me faire. 

Être maman si jeune, quel impact cela a pu avoir sur ma personne ou mon mental. Pour mes parents, je l’avais cherché. Ils ont oublié que j’ai été aussi une victime. Oui, une victime. Je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds. Personne ne m’avait dit ce qui arrivait à mon corps (puberté) et à mon esprit (adolescence). J’ai dû faire les choses de moi-même et je les ai mal faites. Je me suis retrouvée bloqué dans cela et là pression sociale ne m’a pas aidé. 

Aujourd’hui je suis mère d’une adolescente, je regarde les choses autrement.  J’essaie d’éviter mes erreurs à ma fille en lui parlant de ce qu’on a  délibérément refusé de me dire quand j’avais son âge. 

Je luis parle de ce qui se passe dans son corps.  Des conséquences de certaines décisions.  Je lui parle comme j’aurais aimé que l’on me parle.

Nous parents africains, devrions apprendre a vivre avec notre temps. La modernité, c’est vivre avec son temps en tenant compte d’où nous venons. Mes parents ne m’ont pas envoyé dans les bras d’un garçon. C’est le changement de mon corps et de mon être qui m’y a poussé. Leur rôle à eux était de me dire ce qui était entrain de m’arriver, de me dire ce qu’il fallait faire et ne pas faire pour éviter certaines choses. Ils avaient le droit de se fâcher. Mais malgré tout de me tenir la main parce que tout a été chamboulé dans ma vie, plus que dans la leur. Ce n’est pas tout de punir un enfant. Il faut veiller à ce qu’il ne fasse pas de bêtises en amont. 

Ce n’est pas tout de dire, « Ne me ramène pas une grossesse ici hein », il faut d’abord expliquer comment on évite de tomber enceinte scientifiquement parlant.

Je finis mon article en exhortant les jeunes filles qui ont décidé d’avoir une vie sexuelle de ne pas se fier à leur cycle menstruel. De se préserver avec un préservatif également. Cela évite des grossesses précoces et surtout des maladies sexuellement transmissibles qui peuvent s’avérer être bien plus grave que de se choper une grossesse. Bien évidemment en vous donnant ce conseil, je ne vous encourage pas à avoir des rapports sexuels. L’idéal est d’attendre d’avoir une certaine maturité et des moyens. N’hésitez pas à lire, à vous documenter à regarder des vidéos qui parlent de cela. Vous avez la chance de faire partie de la génération internet. Utilisez cet atout pour éviter certains pièges. Les parents qui ne peuvent pas parler ouvertement de sexualité avec vos enfants, internet est la aussi pour vous. Faites des recherches et envoyez des liens de lecture ou de visionnage à vos enfants. En parler, ce n’est pas les encourager bien au contraire. 

Pensez-y.

Obone Nang.


IMG-20170710-WA0006Obone Nang est une Gabonaise, mère d’une ado de 15 ans. Après plusieurs années passées à Dakar, elle décide de retourner dans le pays qui l’a vu naître. C’est une femme dynamique qui doit absolument s’occuper sinon elle se sent dépérir. Véritable couteau-suisse, elle a plusieurs cordes à son arc. Blogueuse, elle est propriétaire d’un blog lifestyle dans lequel elle parle cheveux, cuisine mode. Styliste, elle est la créatrice de Kemetik qui une marque urbaine utilisant principalement le wax; sa gamme de produits va des vêtements aux chaussures. Handcookeur, elle vient de se lancer dans la confection de cupcake au Gabon.

BlogFacebook  KemetikInstagram|Facebook  Nana Cupcake’s


2 commentaires

  1. Eh ben belle surprise et agréable lecture.
    Oui, il faut décidément parler à nos enfants. Il ne sert à rien de fuir ce qui finit toujours par arriver si l’on n’y prête gare.
    Merci beaucoup pour ce partage Obone

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  2. ton texte m’a émue..il est limpide, le message est claire éduquons nos enfants.. aussi je suis tout avec qu’à 16 ans une fille qui tombe enceinte est une victime car effectivement elle n’a pas su comment éviter cela..et même si cela arrive tenir la main des plus jeunes petites soeurs ( frères) , ou de nos enfants est une chose très importante..car dans la vie qui n’a jamais fait d’erreur ?

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